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Mon printemps de genevieve herboriste

Si on prend le mot printemps dans son sens de «début», alors mon printemps de genevieve herboriste inclut aussi l’hiver (quel hiver?) qui vient (presque) de se terminer.

Cet hiver-printemps de genevieve herboriste, j’ai longtemps espéré réussir à vous le raconter tout bien ficelé dans un génial article de blogue qui serait devenu légendaire. J’aurais trouvé le moyen de parler d’entreprenariat, de crise existentielle et de plantes médicinales, en enchevêtrant tout ça habilement dans un beau texte fluide, que j’aurais écrit, corrigé et mis en page en 3 heures seulement. Vous auriez trouvé ça intime et universel, poétique et pédagogique. L’article aurait été optimisé SEO et aurait tout d’un coup fait bondir le trafic sur mon site web, blablabla. Voyez le genre de place où je peux aller quand je reste trop longtemps toute seule avec mon imagination.

Je ne sais pas si c’est dommage ou si c’était un passage obligé, mais ça a été beaucoup ça mon hiver-printemps de genevieve herboriste: de l’ambition, de l’errance, des idées, des je-ne-sais-pas-ai-je-déjà-su. Ça me coûte de vous dire ça. Je pense que je ne suis pas la seule à trouver que c’est thérapeutique de lire les histoires d’autres humains, mais des fois j’ai 8 ans, je suis dans l’autobus scolaire et la fille du banc d’en avant me dit «Ouan, pi?». Et je ne sais pas quoi répondre. Je ne sais plus comment j’ai pu penser que ce que j’avais à dire pouvait être intéressant. Des fois je suis prof et quelqu’un me demande «C’est quoi ton intention pédagogique?». Et je ne me rappelle plus si j’avais le droit de sortir de chez moi ce matin sans trois quatre intentions pédagogiques de spare dans ma poche droite. Des fois je veux parler de plantes et je me demande si je peux vraiment faire ça avec juste des mots dans un bureau entouré de murs blancs. Alors je vois un jardin, un pré, une forêt, une rivière, des tables, des bouquets de fleurs coupées, un dispensaire de plantes séchées, un bar à teintures, un service de location de cristaux, des bibliothèques patinées débordant de livres d’herboristerie, un plancher qui craque, des gens qui s’émerveillent, se déposent, repartent et reviennent.

Mon mirage préféré

Je le vois souvent cet endroit, depuis longtemps. C’est une constante comme il y en a peu dans ma vie. Un mirage qui réapparaît tout le temps. Je ne sais pas comment je vais y arriver. Des fois je me dis que c’est peut-être un vrai de vrai mirage, que j’aurai beau marcher et marcher, je ne pourrai jamais vraiment l’atteindre. Peut-être aussi que si je pouvais y toucher, je n’aimerais même pas la sensation. Je vous en parle parce que cet hiver-printemps, j’ai passé beaucoup de temps auprès de mon mirage. Ce que je trouve magique avec mon mirage, c’est que je n’ai pas le souvenir d’en avoir parlé souvent, mais fréquemment, mes ami.e.s l’évoquent. On me raconte l’avoir aperçu et avoir pensé à moi, on m’en demande des nouvelles, on me rappelle d’en prendre soin. Des fois c’est comme si mon mirage était dessiné dans mon front et que tout le monde le voyait mieux que moi. Peut-être que je vis déjà dedans au fond, que je suis juste trop occupée à me casser le bicycle sur autre chose pour m’en rendre compte. Il deviendra de plus en plus tangible j’imagine, avec la sagesse. De toutes façons, apparemment mon mirage et moi, c’est à la vie à la mort.

Mon labyrinthe d’idées de grandeur

Une autre place où j’ai passé beaucoup de temps, pour le meilleur et pour le pire, c’est dans mon labyrinthe d’idées de grandeur. En effet, il y a des jours où je deviens mégalomane. (Je sais, ça peut être une vraie pathologie, dont je ne souffre pas réellement, mais je ne trouve pas de meilleur mot.) Ces jours-là, je me convaincs que faire œuvre utile, c’est faire œuvre exceptionnelle, et rien d’autre. Je me dis que si je ne suis pas capable de pondre quelque chose de parfaitement excellent, révolutionnaire et big, aussi bien ne rien faire. Ces jours-là, quand je pense à pondre quelque chose, ça peut vraiment partir dans toutes les directions. J’arrive à me convaincre que je pourrais probablement être prof au secondaire, herboriste pour tout le quartier, autrice inspirée, homesteader accomplie et boss appréciée d’une douzaine d’employé.e.s. Ah oui, et mère aussi, évidemment. Je ferais tout ça en même temps, épanouie et en pleine santé, si je pouvais juste finir par réussir à craquer le code, à trouver mon x ou je ne sais quoi. Ça attirerait mon partner cosmique et on aurait plein de temps pour être amoureux à travers tout ça. Et ce n’est même pas de la moitié des idées que je peux avoir ces jours-là.

Parfois c’est l’fun, mais parfois c’est souffrant. Presque toujours, c’est paralysant. Globalement, ce ne sont pas mes meilleurs jours. Je pense que ce sont simplement les jours où mon cerveau choisit de se remettre à paver compulsivement la voie de son labyrinthe d’idées de grandeur juste pour s’occuper. Juste pour éviter d’explorer un autre chemin, sur lequel on risquerait de croiser des affaires épeurantes, comme le vide ou la déception.

Concrètement

J’aime ça poser cette question-là: «Ok, mais concrètement?»

C’est comme si deux mindings s’étaient affrontés en moi tout l’hiver-printemps: Mégalomanie et Action Concrète. Quand je reste ancrée à mon essence et à mon courage, mon cœur est complètement team Action Concrète. Mais quand je suis dans l’évitement ou l’impatience, je deviens partisane de Mégalomanie. Si les fables disent vrai, après un départ fulgurant de Mégalomanie, c’est Action Concrète qui va gagner. Mais pour le moment, c’est encore chaud. Action Concrète fait de belles remontées, mais Mégalomanie reste en tête. J’ai hâte d’avoir fini de l’essouffler, elle me tape sur les nerfs.

Ok, mais concrètement? Voici ce que j’ai fait pour genevieve herboriste pendant mon hiver-printemps:

  • Créer mon site Web (sur WordPress)
  • Inscrire ma business au Registre des entreprises
  • Entrer dans une association de naturopathe (l’ANPQ)pour pouvoir vous remettre des reçus d’assurance en naturopathie pour vos consultations
  • Patenter tout ce qu’il faut pour pouvoir vous envoyer une infolettre à partir d’un gestionnaire d’infolettre (MailerLite)
  • Afficher des posters avec ma face dessus un peu partout dans la ville pour annoncer mes services (Big deal pour moi cette action-là! J’ai des nouveaux posters imprimés et tout et je n’ai pas encore rassemblé mon courage pour aller les afficher)
  • Créer dans Canva tous les documents dont j’ai besoin pour ma tenue de dossier et acheter un classeur à clé pour archiver ces dossiers
  • Magasiner, commander, ranger et inventorier les plantes, teintures, sacs bouteilles et étiquettes pour le dispensaire
  • Concevoir un espace de travail Notion pour que tout ce qui concerne ma business soit organisé et accessible peu importe je suis où (c’est très cool Notion, si vous ne connaissez pas ça)
  • Voir des client.e.s en consultation
  • Concevoir et animer des ateliers à la clinique
  • Acheter et lire des livres écrits par des herboristes clinicien.ne.s
  • Assister à des webinaires gratuits donnés par des fournisseurs ou des herboristes
  • Parler de plantes avec mes amies herboristes

C’est pas pire. Mais ce n’est pas assez. En tous cas, pas assez pour remplir mon agenda de consultations ni pour arrêter le gonflement exponentiel du solde de ma carte de crédit à chaque mois. Alors je vais tenter de continuer de creuser la veine des actions concrètes et de me distancer de mon labyrinthe d’idées. Avec toute la tourbe que je dois arracher là où je fais un jardin cette année, je devrais réussir à garder les deux pieds sur le plancher des vaches. En espérant vous y croiser!