
Ma petite histoire
Mes débuts en herboristerie
Entre herboristes, on aime se raconter des anecdotes de notre enfance. Celles qui montrent que l’appel des plantes a toujours été là, dans nos vies. Que ce n’est pas seulement les cours qu’on a suivis qui ont fait de nous des herboristes. Qu’on l’a un peu toujours été.
Mes histoires comme ça, celles qui parlent de la présence des plantes dans ma vie avant que j’étudie en herboristerie, je vais les garder pour des articles de blogue. Je pense qu’elles y seront plus pertinentes qu’ici. Mais je ne pouvais pas parler de mes débuts en herboristerie sans les évoquer.
Maintenant que c’est fait, voici où tout a commencé, plus officiellement. Un jour, une amie a suivi un atelier d’herboristerie. Elle m’a dit que la prof qui donnait l’atelier avait aussi une école, où un programme complet pour devenir herboriste était offert. C’était évident, c’était la formation parfaite pour moi.
À l’époque j’avais 19 ans et je n’allais plus au cégep depuis déjà un an. J’avais été première de classe au secondaire et je ne voyais plus ce que j’avais à me prouver sur les bancs d’école. Je voulais connaître ce que j’appelais dans ma tête « la vraie vie ». J’étais en appartement et je travaillais dans un restaurant végétarien. Je m’intéressais à l’alimentation et l’agriculture bio depuis que j’étais ado. L’herboristerie, c’était un prolongement logique.
Alors je me suis inscrite. J’ai commencé à étudier l’herboristerie chez FloraMedicina en 2001. La formation pour obtenir le diplôme d’herboriste-thérapeute durait 3 ans, à temps partiel.
La première année, on nous présentait en profondeur une centaine de plantes médicinales. La deuxième année, on voyait les pathologies, système par système, et la façon dont elles sont abordées en herboristerie, avec les plantes, les habitudes de vie et l’alimentation. La troisième année était constituée d’un cours axé sur l’accompagnement des client.e.s et de consultations supervisées, à la clinique-école. Il y avait aussi des cours connexes à suivre tout au long des trois années, comme anatomie, nutrition, botanique et microbiologie.
La première année, j’ai appris énormément. J’ai découvert des plantes dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je côtoyais des personnes qui trippaient sur les mêmes choses que moi. Je découvrais plein de façons d’améliorer ma santé.
Au milieu de la deuxième année, j’étais tellement passionnée par ce que j’apprenais, que j’ai eu envie d’aller étudier les plantes et la santé humaine à l’université. Sauf que ça me prenait d’abord un diplôme de cégep. J’ai terminé ma deuxième année chez FloraMedicina en même temps que j’ai commencé mon cégep en sciences.
Je ne me suis jamais inscrite pour la troisième année chez FloraMedicina. Officiellement, je disais que c’était parce que j’avais trop de travail dans mes cours au cégep. Mais en réalité, c’était plutôt à cause d’un mélange de syndrome de l’imposteur et de lucidité. Je ne me voyais pas devenir thérapeute à 21 ans.
Pendant deux étés, j’ai travaillé dans de magnifiques jardins de plantes médicinales, qui n’existent plus aujourd’hui. C’est là que j’ai réellement rencontré les plantes. Celles avec qui j’ai eu le plaisir de passer des heures et des heures dans les jardins et les friches environnantes ont infusé toutes mes cellules de leur sagesse, pour toujours.
Je suis finalement allée à l’université en sciences biologiques. Peu de temps après avoir commencé mon bac, j’ai eu mon premier enfant. J’ai continué mes études, en suivant tous les cours possibles sur les plantes. J’ai réalisé que la génétique, c’est bien autre chose que les OGM et que la biologie cellulaire me permettrait de comprendre comment les plantes et notre corps interagissent. J’ai appris beaucoup de choses qui me servent énormément dans mon travail d’herboriste. Et j’ai découvert que l’herboristerie est encore largement méconnue, même parmi les spécialistes officiel.le.s des plantes. Ça m’a déçue, parce que je n’ai pourtant rien trouvé d’irréconciliable entre ce que j’apprenais à l’université et ce qu’on m’avait enseigné dans mes cours d’herboristerie.
À la fin de mon bac, mon deuxième enfant est arrivé et avec lui une autre occasion de déployer mes connaissances d’herboriste, pour prendre soin de lui et de moi.
Retour aux sources
Mine de rien, 15 années ont passé comme ça: études, famille et jobs d’étudiante dans des restaurants que j’adorais, parce qu’on y cuisinait des fruits, légumes et épices de partout dans le monde. Ce fut de belles années, entre mes cours au Jardin botanique, les sorties au parc avec les enfants sous les grands arbres de Montréal et les assiettes pleines de bonnes choses qui s’entrechoquent, au milieu de centaines de conversations. Avant que cette époque ne se termine, j’ai aussi entamé une maîtrise en enseignement des sciences au secondaire.
Puis, deux choses sont arrivées: l’immeuble qu’on habitait s’est gentrifié et l’équipe de FloraMedicina m’a contacté pour que je les aide à créer des cours en ligne pour la nouvelle version de leur formation en herboristerie clinique. J’ai trouvé pour ma famille un nouveau nid, en campagne au bord d’une rivière, et j’ai dit oui à l’équipe de FloraMedicina. C’était un double retour au bercail : retour à ma région natale et retour à mon alma mater d’herboriste.
En 2016-2018, j’ai créé un cours d’anatomie et physiologie humaines ultra riche, exprès pour les étudiant.e.s qui veulent devenir herboristes-thérapeutes. Il se donne encore aujourd’hui et chaque année, je reçois des commentaires ultra touchants. Des personnes qui témoignent que ce cours leur a permis de comprendre enfin ce qui se passe dans leur propre corps et d’autres qui me remercient de les avoir aidées à se défaire de leur croyance comme quoi elles ne réussiraient jamais à maîtriser le langage scientifique. C’est aussi pendant cette période que j’ai terminé ma maîtrise et obtenu mon brevet en enseignement.
En 2018-2019, j’ai créé un cours sur les contrindications et les interactions plantes-médicaments. Je dirais que c’est ce qui m’a permis de réaliser que j’étais prête à pratiquer comme herboriste, à voir des client.e.s en consultation. C’est souvent une épine dans le pied des herboristes, la question des interactions plantes-médicaments. De nos jours, avec tous les déséquilibres hormonaux, troubles auto-immunitaires, infections agressives et défis en santé mentale, une grande partie de la population prend des médicaments sur une base régulière, ne serait-ce que pendant une période de temps. C’est vraiment sécurisant, pour moi et pour les personnes que j’accompagne, de me savoir solide quand vient le temps d’aborder la question des contrindications et des interactions plantes-médicaments.
En 2019-2022, toujours à l’école d’herboristerie, j’ai commencé à faire autre chose que créer des cours. J’ai orchestré l’implantation d’une nouvelle plateforme de cours et de nouveaux outils administratifs. J’ai coordonné les tâches de toute l’équipe, en tant que directrice adjointe. J’ai aussi beaucoup écrit, pour le site web, les infolettres et tous les documents à produire quand on est une école en ligne. J’ai adoré faire ça. C’était intuitif pour moi. J’ai même réussi à créer un cours de botanique en même temps.
Travailler dans une école d’herboristerie quand on est herboriste, c’est merveilleux parce qu’on est entourée d’herboristes. Nos collègues parlent de plantes, nos étudiante.s parlent de plantes, on doit suivre des formations continues sur les plantes, etc. Quand j’ai commencé à travailler chez FloraMedicina, j’étais déjà herboriste depuis 15 ans. Je n’en avais pas fait mon métier officiellement, mais ça m’habitait tout le temps. Ça orientait mes choix de lecture, ça influençait ma façon de cuisiner, ça attirait mon regard sur les plantes au sol quand je marchais dans la rue, ça me permettait de me sentir compétente en tant que mère quand mes enfants étaient malades, ça me donnait envie de passer mes vacances en camping auprès des plantes et ça faisait sonner mon téléphone souvent pour des demandes de conseils. Mais je n’osais pas me qualifier d’herboriste. Quand mes proches me présentaient comme une herboriste, ça me gênait.
Après 7 ans à temps plein dans une école d’herboristerie, non seulement j’étais herboriste, mais j’osais enfin le dire.
Je suis herboriste. Je suis herboriste. Je suis herboriste.

Aujourd’hui
Fin 2022, j’ai eu besoin de changement. J’ai quitté la plupart de mes fonctions chez FloraMedicina. Je continue de m’occuper des trois cours que j’ai créés.
Au début, j’ai pris une pause. Ça faisait longtemps. Ça remontait à quand mes enfants étaient bébés et que j’étais en congé auprès d’eux. J’ai marché dans la forêt, je suis allée au sauna en hiver et à la plage en été, j’ai cuisiné. J’ai aussi écouté un très grand nombre de podcasts d’herboristerie et lu plusieurs livres d’herboristerie. Pour apprendre et pour me détendre.
Je pense que lorsqu’une chose nous permet d’apprendre et de nous détendre en même temps, c’est que c’est une bonne chose pour nous. Ou même que cette chose, c’est nous. Il y en a qui appelle ça le flow. L’espace où l’aisance et le défi sont en parfait équilibre. L’endroit où l’on vibre. L’herboristerie c’est ça pour moi. Une place qui me fait vibrer.
J’ai acquis plein de connaissances, j’ai fait plein d’expériences, je comprends le jargon des herboristes et aujourd’hui, une grande partie de ce que je lis ou j’entends dans le monde de l’herboristerie, je le sais déjà. En même temps, il y a tout ce que je ne sais pas et tout ce que je ne sais même pas encore que je ne sais pas. Il y a plein de aha moments à venir devant moi. J’ai hâte de vieillir pour les vivre.
En sortant de ma pause, j’ai créé genevieve herboriste✨. Ça s’est fait tout seul, c’était comme évident. C’était l’élan que j’avais et les choses se sont mises en place pour accélérer le mouvement. En même temps que je m’occupe de cette business naissante, je travaille aussi à temps partiel en classe d’accueil au secondaire, avec les nouveaux arrivants adolescents qui ne parlent pas encore français. Je suis une herboriste de mon époque, un pied dans l’immensité des sagesses ancestrales, un pied dans le monde de demain.
