Au moment où j’écris ces lignes, mes enfants ont 13 et 17 ans. Ça fait longtemps qu’ils ne font plus de fièvre plusieurs fois par année, mais boy qu’ils en ont fait de la fièvre! Je pense qu’il y a eu des périodes où ça arrivait plus d’une fois par mois. Je me rappelle avoir cherché sur internet des études qui pourraient confirmer que les bébés vivent leurs émotions par la fièvre, parce que c’était l’impression que j’avais, que chaque émotion forte déclenchait une petite fièvre. La science n’est pas super claire au sujet de mon hypothèse de l’origine émotionnelle de la fièvre (quoiqu’on peut trouver pas mal d’articles dans PubMed avec les mots-clés «psychogenic fever»), mais n’importe quel parent vous dira que les bébés font de la fièvre quand ils font des dents et plusieurs auront aussi remarqué qu’une bonne vieille petite maladie éruptive infantile (roséole, cinquième maladie, pieds-mains-bouche, etc.) précède souvent les poussées de croissance. Si on connaît le nombre de dents que les petits finissent par avoir dans la bouche et le nombre de centimètres qu’ils gagnent en quelques années, juste ça, ça fait beaucoup d’épisodes de fièvre.
Quand je suis tombée enceinte de ma fille, j’avais déjà étudié l’herboristerie pendant deux ans et j’avais aussi commencé mon baccalauréat en sciences biologiques. J’avais donc déjà appris, plusieurs fois plutôt qu’une, que la fièvre est un mécanisme de défense naturelle du corps et que d’essayer de la «casser» avec des médicaments antipyrétiques, c’est comme d’enlever au corps une de ses stratégies de défense les plus puissantes contre les infections. J’avais aussi entendu plein d’histoires dans lesquelles les enfants allaient jusqu’à faire des convulsions ou des délires fébriles, sans même faire tant de fièvre que ça, et sans avoir besoin de médicaments antipyrétiques pour se rétablir parfaitement par la suite.
Avant que ma fille naisse, j’ai acheté un thermomètre. Quand son petit frère est né, 5 ans plus tard, le thermomètre était encore dans sa boîte. Pas parce que ma fille n’avait jamais fait de fièvre, mais parce que je n’avais senti que c’était nécessaire de mesurer combien elle en faisait exactement. Je ne lui avais non plus jamais donné de Tempra, de Tylenol ou je ne sais quel autre antipyrétique et elle n’avait jamais pris d’antibiotique.
Je ne vous dis pas ça pour me vanter. Je suis trop superstitieuse pour ça. J’ai trop peur du «mauvais oeil», qui aime tellement se moquer de nous dès qu’on se sent trop au-dessus de nos affaires. Je n’ai jamais articulé à voix haute la phrase «en tous cas, moi mes enfants n’ont jamais pris d’antibiotiques». Même la fois où ma bonne amie m’a posé la question directement, je lui ai répondu que je préférais ne pas répondre et je suis partie toucher du bois dans la pièce voisine. Non, je ne vous dis pas ça pour me vanter. Je dis ça pour témoigner que c’est possible. Je dis ça pour contribuer à vous donner confiance. Parce que je pense que la confiance est probablement notre alliée la plus importante, à nous parents, que ce soit lorsque notre bébé fait de la fièvre ou lorsque notre grande fille part en appartement.
Cet article sur la fièvre est divisé en deux parties :
- Comment la fièvre peut aider nos touts-petits (et pourquoi il est donc intéressant d’éviter si possible d’essayer de la casser avec des médicaments antipyrétiques)
- Comment nous on peut aider nos touts-petits quand ils font de la fièvre (incluant des suggestions de plantes et de vraies histoires de fièvre vécues avec mes enfants)
1. Comment la fièvre peut aider nos touts-petits
Une chose que je fais dans la vie, c’est enseigner un cours d’anatomie et physiologie humaines à des personnes qui veulent devenir herboristes-thérapeutes. Dans ce cours, il y a un livre obligatoire que tous.tes les étudiant.e.s doivent se procurer. On l’appelle le Marieb, parce qu’il a été écrit par Elaine Marieb. C’est un gros ouvrage de plus de 1000 pages qui décourage souvent les étudiant.e.s au départ. C’est un livre d’anatomie et physiologie tout ce qu’il y a de plus standard, utilisé dans les programmes de soins infirmiers de plusieurs cégeps, au même titre que le Tortora ou le McKinley. Bref, c’est un livre qui contient de l’information très de base, très textbook, très largement scientifiquement acceptée. «Mainstream science» j’appelle ça dans ma tête.
Tout ce qui suit dans cette section peut être trouvé dans un livre d’anatomie et physiologie humaines de niveau cégep. Je spécifie ça parce que je ne compte plus les fois dans ma vie où je me suis faite regarder comme si j’étais une extraterrestre ou une personne qui parle à travers son chapeau, juste pour avoir oser partager nonchalamment des informations qui ne sont pourtant plus à démontrer et qui ne sont aucunement controversées scientifiquement. Je trouve ça weird flasher ses diplômes, mais des fois j’aurais envie de me faire tatouer mon diplôme de baccalauréat en sciences biologiques dans le front. (Peut-être que de me faire tatouer une barbe permanente fonctionnerait aussi, mais c’est une autre histoire 😉)
Si jamais le jargon scientifique, ce n’est pas votre tasse de thé, ou que vous avez simplement d’autres priorités que de vous plongez là-dedans aujourd’hui, voici en quelques mots le fond du message que je m’apprête à vous livrer dans cette première partie de mon article:
Une grande partie de notre immunité se développe avec le temps.
La fièvre, quant à elle, est un mécanisme de défense accessible dès la naissance.
C’est la raison pour laquelle les touts-petits font plus souvent de la fièvre que les grands.
Jusqu’à ce qu’ils développent d’autres mécanismes de défense, elle est leur arme principale contre les pathogènes.
Leur donner des médicaments antipyrétiques au moindre signe de fièvre, c’est les priver de cet outil de défense très important.
Si vous voulez comprendre plus en détails, lisez ce qui suit. Sinon, passez à la partie 2, qui porte sur quoi faire en cas de fièvre chez les touts-petits 🙂
Défenses innées et défenses adaptatives
Le système immunitaire est probablement le plus complexe de notre corps et je ne peux malheureusement pas rendre hommage ici à toute sa splendeur sans m’éloigner du sujet de la fièvre chez les enfants. Je vais donc m’en tenir aux éléments qui me permettent d’expliquer pourquoi la fièvre est un mécanisme de défense si important, pour les bébés en particulier, mais je veux que vous sachiez que je vais omettre volontairement le nom de plein de cellules et de mécanismes physiologiques tous plus fascinants les uns que les autres. Faut savoir faire des choix.
Le système immunitaire est conventionnellement divisé en deux types de défenses:
- les défenses innées, qui sont fonctionnelles dès la naissance ;
- les défenses adaptatives, qui se développent avec le temps, au contact des agents pathogènes tels que les virus et les bactéries.
Dans les défenses innées, on trouve (notamment) la fièvre, la réaction inflammatoire et certains types de cellules immunitaires «généralistes», comme les cellules tueuses naturelles (ça ne s’invente pas comme nom) et les macrophagocytes (du grec ancien gros mangeurs, également très efficace comme nom), qui sont capables de faire toutes sortes de besognes super utiles, mais plus ou moins spécifiques.
Les défenses adaptatives sont quant à elles composées de cellules immunitaires «spécialisées». Ce sont (notamment) les lymphocytes B et les lymphocytes T. On les appelle comme ça parce qu’ils utilisent souvent les vaisseaux lymphatiques pour circuler et que leurs quartiers généraux sont les ganglions lymphatiques (ainsi que d’autres organes trop peu étudiés, comme le thymus et la rate).
Comme les macrophagocytes et les cellules tueuses naturelles, les lymphocytes B et T sont ce qu’on appelle des globules blancs. «Globules blancs» et «cellules immunitaires» sont des synonymes.
Anticorps
Les lymphocytes B sont les cellules qui fabriquent les anticorps. Les anticorps sont des protéines qui ont une forme complémentaire à d’autres protéines, qu’on appelle les antigènes. Les antigènes sont, par exemple, des protéines présentes à la surface des bactéries et des virus. En d’autres mots, les anticorps sont des molécules capables de se lier à d’autres molécules, présentes sur les pathogènes.
Ça sert à quoi que les anticorps se lient à des molécules présentes sur les pathogènes? Ça peut servir à neutraliser les pathogènes, à leur enlevant par exemple la possibilité de lier des molécules sur notre propres cellules, ce qui leur permettrait de les pénétrer. Ça peut aussi provoquer l’agglutination ou la précipitation des pathogènes, ce qui permet de faciliter le travail des cellules immunitaires, un peu comme c’est plus facile de ramasser des tas de poussières que d’avoir à passer d’abord le balai dans tous les racoins. Finalement, ça peut déclencher d’autres défenses immunitaires par un mécanisme que je n’expliquerai pas ici (qu’on appelle l’activation du complément). Bref, les anticorps fabriqués par les lymphocytes B jouent un rôle très, très utile dans la défense contre les pathogènes. Tellement que presque tout le monde a déjà entendu parler d’eux. C’est même un mot que plusieurs enfants connaissent. Anticorps.
Pourquoi je vous parle des anticorps dans un article sur la fièvre? Parce qu’il faut savoir que quand on naît, on a très peu d’anticorps dans notre sang comparativement à plus tard dans notre vie. En effet, les anticorps sont fabriqués au fur et à mesure que les lymphocytes B rencontrent des antigènes. Une fois le pathogène éliminé, les lymphocytes qui ont contribué à fabriquer des anticorps contre ce pathogène vont générer ce qu’on appelle des cellules-mémoires. Si jamais on rencontre de nouveau le même pathogène, on va pouvoir fabriquer des anticorps contre ce pathogène beaucoup plus rapidement. Mais tant qu’un bébé n’a pas rencontré beaucoup d’antigènes, il n’a pas la capacité de fabriquer rapidement beaucoup d’anticorps.
Oh my god, comment le bébé fait-il alors pour survivre? D’abord, il faut se rappeler que les anticorps fabriqués par les lymphocytes B sont loin d’être la seule défense immunitaire de l’organisme. La fièvre est un autre moyen de défense important. D’où l’importance de laisser aux bébés la chance de déployer la fièvre quand ils en ont besoin. Ensuite, il faut savoir que les anticorps sont capables de traverser la barrière placentaire et de passer dans le lait maternel. Ainsi, le bébé a accès aux anticorps qui se trouvent dans le sang de sa mère quand il est dans son ventre et quand elle l’allaite. Par contre, les anticorps ne sont que de très minuscules protéines qui ne restent pas indéfiniment dans le sang et qui finissent par être détruites. Les lymphocytes B et les cellules-mémoires capables de fabriquer les anticorps sont vraiment plus gros que les anticorps, on parle d’un tout autre ordre de grandeur. Ils ne traversent normalement pas la barrière placentaire et ne passent pas dans le lait maternel. À long terme, les bébés doivent développer leur propre immunité acquise, c’est-à-dire leurs propres cellules-mémoires, s’ils veulent pouvoir bénéficier des défenses fournies par les anticorps.
Heureusement (si on peut dire ça comme ça), les pathogènes sont partout dans notre environnement, alors l’immunité spécifique se développe davantage chaque jour. Et comme la nature fait bien les choses, elle ne nous a évidemment pas laissé.e.s totalement sans défense. Elle a offert à nos touts-petits le super-pouvoir de faire de la fièvre, très facilement, dès que nécessaire.
En résumé, les défenses adaptatives, telle que la capacité à produire des anticorps rapidement, se développent avec le temps. Les défenses adaptatives des bébés et des bambins sont donc moins développées que les nôtres. C’est pourquoi la fièvre est une défense particulièrement importante pour eux, encore plus que pour nous.
En quoi la fièvre est un moyen de défense?
En vérité, on ne sait pas tout sur la fièvre. Mais ce qu’on sait, c’est qu’elle a permis d’augmenter les chances de survie de nos ancêtres. Si ce n’était pas le cas, les mécanismes complexes qui nous permettent de la déployer n’auraient pas survécu aux pressions évolutives. La fièvre est loin d’être une maladie à éradiquer. La fièvre, c’est comme la digestion ou la cicatrisation, c’est un mécanisme physiologique très utile.
Voici les deux principales utilités de la fièvre, selon l’état actuel de nos connaissances:
La fièvre permet aux réactions chimiques de s’accélérer
À l’échelle de nos cellules, tout est une affaire de réactions chimiques. Tout est une histoire de molécules qui doivent réagir entre elles au bon endroit et au bon moment. Plus il fait chaud, plus ces réactions chimiques peuvent se produire rapidement. C’est pour ça qu’on fait cuire les spaghettis dans l’eau bouillante plutôt que de les faire simplement tremper dans l’eau froide.
Quand la température monte, tout ce que les cellules immunitaires veulent faire, elles peuvent alors le faire plus rapidement. Tous les tissus qui doivent être réparés peuvent aussi être réparés plus rapidement. Ça implique aussi théoriquement que ce que les microorganismes pathogènes veulent faire, ils peuvent eux aussi le faire plus rapidement. Une chance que notre corps leur réserve d’autres surprises pour les en empêcher! On comprend quand même ici l’importance de surveiller étroitement comment la situation évolue en cas de fièvre.
La fièvre nous oblige à ralentir
C’est quand on est en mode repos que le système immunitaire peut vraiment s’activer. C’est d’ailleurs pour ça que certaines personnes tombent malades quand elles sont en vacances et que le stress chronique et le manque de repos sont associés à toutes sortes de dérèglements immunitaires (inflammation chronique, troubles auto-immunitaires, etc.). C’est quand on se repose que les cellules immunitaires font le grand ménage et que les tissus endommagés sont réparés.
Tout est une question d’attribution des ressources. Si on est en mode action, les ressources, grosso modo l’oxygène et les nutriments, vont aller au cœur, aux poumons, aux muscles, aux neurones, etc. Les cellules immunitaires vont quant à elles se calmer, parce que si elles s’activent, elles risques de déclencher de la fièvre, mais aussi de l’inflammation.
La fièvre et l’inflammation sont considérées comme des défenses immunitaires, parce qu’elles contribuent à la lutte contre les pathogènes et à la réparation des tissus. La fièvre accélère les réactions chimiques en crinquant le thermostat et l’inflammation permet la mobilisation des ressources et la collecte efficace des déchets en augmentant la perméabilité des vaisseaux sanguins et lymphatiques aux sites concernés.
Dans les deux cas, si la fièvre ou l’inflammation est déclenchée, on va se sentir inconfortable et on ne pourra pas être en mode action efficacement. Go get it, go do it, go go go, non, la fièvre et l’inflammation nous poussent à ralentir. Et ce ralentissement permet que les ressources soient conservées pour ce que les cellules immunitaires ont à faire, plutôt que d’être envoyées ailleurs. Quand nos cellules immunitaires ont vraiment besoin de ces ressources et qu’on ne les leur donne pas, elles n’attendent plus, elles nous imposent le repos.
La fièvre est donc bel et bien un moyen de défense. Et qui d’autres que les touts-petits, qui ont tant d’aventures à vivre et tant de sensations à expérimenter, pourraient bénéficier davantage de ce mécanisme si utile, qui les oblige à ralentir pour que certaines choses essentielles, mais plus intérieures, puissent se produire, comme la construction et la croissance des tissus ainsi que le déploiement de tout un éventail de défenses immunitaires adaptatives? (Une longue section et une longue question, simplement pour souligner que la fièvre est vraiment une super alliée des petits.)
2. Quoi faire quand nos touts-petits font de la fièvre?
Je pense qu’avec la section précédente, vous avez compris à quel point je considère la fièvre précieuse, pour nos touts-petits en particulier.
Mais précieuse et insignifiante sont des mots aux définitions bien différentes. Loin de moi l’idée de tenter de les rapprocher. Alors je ne voudrais surtout pas que vous reteniez que la fièvre, il n’y a rien là, et qu’on peut simplement l’ignorer.
La fièvre est toujours signe qu’il se passe quelque chose qui mérite notre attention.
Quand notre enfant fait de la fièvre, que ce soit parce qu’il perce des dents, qu’il fait une poussée de croissance, qu’il a une infection ou qu’il vit une émotion forte, ça mérite toujours au moins les 3 choses suivantes:
- repos
- hydratation
- surveillance étroite
Repos et fièvre
Je n’ai jamais signé le papier comme quoi j’acceptais que les garderies donnent des antipyrétiques à mes enfants, mais je ne les laissais jamais non plus à la garderie avec de la fièvre. D’ailleurs, vous le savez si vous avez des enfants, les garderies et les écoles n’acceptent carrément pas de garder les enfants qui font de la fièvre.
Continuer sa vie avec le nez qui coule, un mal de gorge ou une toux persistante, ça se fait. Les enfants et les adultes sont capables de faire ça, pour le meilleur et pour le pire. Mais avec de la fièvre, c’est une autre affaire. Je me rappelle avoir un jour assisté à un cours du soir à l’université avec une mastite qui me donnait de la fièvre: un cauchemar. J’avais l’air d’un spectre à la fin du cours.
La fièvre nous oblige souvent à tout arrêter pour nous reposer. C’est son message: il se passe quelque chose et on a besoin de repos.
Les médicaments antipyrétiques «cassent» la fièvre, mais ils ne sont pas des moyens de défense contre les pathogènes. Ils n’ont pas de propriétés antivirales ou antibactériennes. Leur effet antipyrétique, en plus de nous priver de ce que peut nous apporter comme défense une augmentation de notre température corporelle, nous permet aussi de continuer nos activités normales, alors qu’il se passe quelque chose et que nous aurions besoin de repos.
Vous le savez j’en suis certaine : le repos faut le prendre quand on en a besoin. Ça fait toute la différence. Une journée ou même une demie-journée de repos quand on en a besoin peut nous permettre de ne pas avoir à prendre plusieurs journées de congé plus tard, parce qu’on serait finalement tombé.e encore plus malade à force de ne pas se reposer.
Je comprends ce que ça peut vouloir dire de ne pas envoyer un enfant à la garderie ou de devoir aller le chercher dès qu’il fait de la fièvre. Je comprends, parce que je l’ai fait. Et comme je vous disais au tout début, mes enfants en ont fait de la fièvre, souvent. Mais la fièvre ne dure pas toujours longtemps. Elle apparaît parfois le soir, la nuit, les fins de semaine ou les jours de congé. Et ils ont un père ces enfants-là, et des grands-parents, et des oncles et des tantes, et des amis de la famille.
Bref, je ne me rappelle pas avoir manqué un nombre incalculable de jours de travail. Je me rappelle surtout que je n’ai jamais eu à me présenter aux urgences avec un enfant qui n’arrivait pas à surmonter une infection sans médicaments. Et je ne crois pas que c’est parce que moi ou mes enfants avons des super-pouvoirs que les autres n’ont pas. Je pense que c’est plutôt parce que je n’ai jamais cherché à casser leur fièvre et que je les ai toujours soigné à grande dose de repos. (Ainsi qu’à petites doses de plantes bien sûr, je vous en parle plus loin comme promis.)
Se reposer n’a pas la même signification pour tout le monde. C’est un très beau cadeau qu’on lègue à nos enfants quand on les aide à découvrir ce qui est reposant pour eux. C’est loin d’être toujours synonyme de dormir ou d’être au lit.
Suggestions d’activités reposantes
- Rester à la maison
Pour certains enfants, la présence des autres ou l’environnement sensoriel de la garderie et des autres lieux publics sont très énergivores. Le simple fait de rester à la maison les repose énormément. Quand mes enfants étaient très bébés, avant l’âge de se tenir assis, je trouvais qu’ils étaient particulièrement sensibles aux bruits, que si je ne leur offrais pas des pauses de silence à la maison, loin des bruits de la ville, ils devenaient irritables et fiévreux.- Faire une ballade à pied ou en auto
Particulièrement pour les bébés et enfants qui s’endorment en porte-bébé, en poussette ou en voiture. Une longue balade, sans destination précise, est souvent des plus apaisantes pour toute la famille. Évidemment, l’enfant fiévreux ne doit pas être traîné de force dans une ballade où il doit marcher. Il doit également être au chaud. Mais le rythme de la marche en porte-bébé, le dodo au grand air en poussette et le roulement du paysage en auto ont été de grands remèdes à beaucoup de maux par chez nous. Mes enfants me réclament encore souvent des tours d’auto quand ils sont stressés.- Rester en position horizontale
Pas toujours réaliste avec les très petits, mais quand c’est possible, c’est bien de suggérer aux enfants de s’installer confortablement sous les couvertes, dans leur chambre, dans la nôtre ou au salon, juste pour se reposer, même s’ils ne s’endorment pas. On peut leur proposer d’écouter de la musique, un livre audio ou même un beau film paisible, genre documentaire animalier contemplatif. On peut les flatter doucement ou leur proposer un massage. On peut leur dire de s’étendre juste pour 10 minutes top chrono, juste au cas où ils s’endormiraient, et assister à leur étonnement quand ils se réveillent quelques heures plus tard.
Fièvre et hydratation
Il y a deux habitudes importantes à apprendre aux enfants dès qu’ils sont très petits: boire de l’eau et se moucher.
Il y a des enfants pour qui c’est très facile et d’autres pour qui c’est loin d’être intuitif. Je vous dirais que le premier truc, c’est de commencer très jeune. Et le deuxième, c’est de leur montrer l’exemple. Après, il y a toutes sortes de steppettes que vous pouvez faire et de gadgets que vous pouvez vous procurer, mais ce n’est pas trop mon genre, ni de faire lesdites steppettes ni de me procurer lesdits gadgets.
Ceci dit, quand un enfant fait de la fièvre plus qu’une journée, c’est vraiment important de le garder hydrater. Les enfants peuvent se déshydrater assez rapidement, alors il faut faire attention à cela. Les bébés aussi, mais c’est plus rare qu’ils refusent de boire, surtout quand ils sont encore au sein ou au biberon. Si ça arrive, qu’un bébé refuse de boire complètement plus d’une demie-journée, il faut prendre ça très au sérieux.
Tant qu’un bébé ou un enfant boit et mange comme à l’habitude, c’est signe que les choses vont relativement bien. C’est normal aussi qu’un enfant malade boive et mange moins qu’à l’habitude. Mais il faut qu’il boive, ne serait-ce qu’un peu, tout au long de la journée. Il y a bien des choses dans les astuces qui suivent que je n’aurais jamais de la vie voulu intégrer à mon quotidien, par paresse ou par conviction que ce ne sont pas de bonnes habitudes. Par exemple, je suis une totale freak qui préfère quasi mourir de soif que de boire dans une bouteille de plastique et je refuse d’acheter des gourdes de sport en plastique à mes enfants. Mais entre un enfant déshydraté branché sur un soluté à l’hôpital ou un gobelet cheap de pharmacie à l’effigie d’un super-héros, je préfère de loin courir acheter la patente excitante qu’on pourrait de toutes façons perdre mystérieusement très bientôt.
Astuces pour inciter un enfant fiévreux à boire
- Proposer autre chose que de l’eau, comme du jus, du lait (animal ou végétal) ou de la tisane
- Servir l’eau ou le jus dans un contenant spécial, hors de l’ordinaire comme un mini-verre fancy, une coupe, la vaisselle (lavée) des poupées, une tasse en porcelaine anglaise, un sac-gourde pour les randonnées, etc.
- Mettre une minuterie et indiquer que, chaque fois que ça sonne (à chaque 30 minutes ou chaque heure), il faut boire 3 gorgées
- Préparer des popsicle maison
- Offrir des glaçons à sucer (s’il n’y pas de risques d’étouffement)
- Cuisiner une bonne soupe genre poulet et nouilles ou minestrone
- Pour les petits bébés, on peut essayer de les abreuver au compte-goutte ou à la petite cuillère, même quelques millilitres, c’est mieux que rien
Fièvre et surveillance étroite
Quand j’étais petite, ma mère avait un salon d’esthétique dans le sous-sol. Quand j’étais malade et que je manquais de l’école pour rester à la maison, elle montait me voir entre chaque cliente. Elle venait s’asseoir sur le bord du sofa dans lequel je me reposais en écoutant la télé. Elle touchait mon front, me demandait comment j’allais, me flattait un peu et m’apportait un verre d’eau. Je la trouvais magique d’être capable de savoir si je faisais de la fièvre juste en touchant mon front. Ça m’impressionnait toujours aussi à quel point elle pouvait me faire du bien juste en me touchant.
Quand mon fils a eu l’influenza vers 4-5 ans et qu’un autre garçon de son entourage a été hospitalisé tellement la cochonnerie qu’ils avaient pognée était intense, j’ai interrompu le stage que je faisais dans une autre ville pour pouvoir le regarder dormir pendant 3 jours et m’assurer qu’il mange, boive et prenne assez de plantes à mon goût.
Pour moi, c’est ça, une surveillance étroite. Pas besoin d’appareils spéciaux. Même pas besoin d’un thermomètre. Si vous voulez des chartes indiquant combien de décimales de degrés de fièvre un enfant de tel âge peut faire lorsque sa température est prise sur telle partie de son corps avant qu’il soit recommandé de faire ceci ou cela, vous n’êtes pas au bon endroit. Ce ne sont pas les ressources qui manquent pour trouver ce genre d’infos. En deux mots: Google man (ou Info-Santé, si vous préférez).
Si vous me connaissez vous le savez, les choses sont rarement noires ou blanches dans ma tête. Il y a beaucoup de gris. Et malgré que j’ai peut-être l’air de militer contre les thermomètres, je veux quand même avoir la transparence de vous raconter une histoire où ça m’aurait peut-être sauver du ridicule d’en utiliser un (Trigger warning: l’histoire commence avec la mort de mon père, mais vous allez voir, elle finit bien).
Un jour, mon père est mort, subitement d’un arrêt cardiaque un bon dimanche. Peut-être deux mois plus tard, mon fils venait d’avoir 3 ans et il faisait de la fièvre. Je l’avais couché sous deux couvertures, dans un pyjama en flanelle de coton et une robe de chambre en polar parce qu’il disait qu’il avait froid. Vers minuit, il se réveille en gémissant. Je m’en vais le voir, il est assis dans son lit. Je lui parle, mais on dirait qu’il est somnambule, il me répond des choses complètement inintelligibles, même si à cet âge-là, il parlait quand même. Alors je le prends et je l’amène dans le salon, parce que je veux voir comment il va, mais je ne veux pas réveiller sa grande sœur qui dort dans le lit au-dessus du sien. Rendus dans le salon, il a l’air réveillé, les yeux ouverts et assis sans aide, mais il continue de parler dans une langue qui m’est totalement inconnue. Je le prends. Il met ses mains autour de mon cou et il crie. C’est vraiment weird. Et je commence à délirer moi-même. Dans ma tête, il n’y a plus que deux possibilités: ou bien il fait tellement de fièvre que ses neurones vont brûler et il va être séquelle ou bien il est en train de faire une sorte de crise d’épilepsie spéciale et là aussi, ses neurones vont brûler et il va être séquelle. Je m’imagine qu’on va me faire un procès pour avoir été une si mauvaise mère qui n’a pas su réagir adéquatement. Je me dis que la mort de mon père était peut-être juste un sacrifice pour ne pas que je réagisse trop lentement lors de ce moment fatidique où les neurones de mon fils étaient en train de brûler un à un. Je me dis que c’est peut-être ça la leçon derrière la mort de mon père: les ambulances, ça sert à quelque chose. Je dis à mon chum qu’il a deux choix: ou bien il me convainc que tout est beau et qu’il n’y a pas de problème ou bien il appelle l’ambulance. Je lui laisse 4 secondes pour me convaincre. Il ne réussit pas. Je lui dis d’appeler l’ambulance. Les pompiers arrivent. Les ambulanciers arrivent. Mon fils a fini son délire fébrile. Et moi j’ai fini mon délire que je ne sais pas trop comment qualifier autrement que de post-traumatique. Les ambulanciers n’ont pas de thermomètre (sérieux, dans la vie les ambulanciers n’ont pas de thermomètre?). Je ne trouve pas celui qui est encore dans sa boîte quelque part. Je leur explique que mon père est mort subitement il y a quelques semaines et que j’ai juste capoté. Ils comprennent. Ils s’en vont après m’avoir dit que je devrais déshabillé mon fils un peu. La grande sœur ne s’est jamais réveillée.
Je ne saurai jamais si ça m’aurait évité d’alerter les services d’urgence d’avoir eu un thermomètre sous la main. Pour vrai, je ne pense pas. (Je pense que, dans mon délire, j’aurais choisi l’option b: crise d’épilepsie spéciale qui brûle les neurones à la vitesse de l’éclair.) Par contre, si j’avais eu un thermomètre, j’aurais certainement été moins gênée quand les ambulanciers m’ont demandé combien de fièvre faisait mon enfant.
Tout ça pour dire que:
- Les enfants peuvent faire des délires fébriles impressionnants sans que ce soit dangereux et dans ces moments-là, c’est surtout nos nerfs à nous qu’il faut gérer.
- Fièvre pas fièvre, tite fièvre grosse fièvre, si vous êtes vraiment inquiet.ète pour votre enfant, consultez.

Fièvre et plantes médicinales
Donc, à part le repos, l’hydratation et la surveillance étroite, qu’est-ce qu’on fait quand nos petits minous font de la fièvre?
Plantes médicinales et autres astuces par tranche d’âge pour la fièvre chez les enfants
Moins de 6 mois
Ralentissement des activités
Allaitement (hydratation) et surveillance étroite
Teinture de fleurs de sureau pour maman
Bains infusés à la camomille allemande pour bébé6 mois à un an
Tout ce qu’on fait à moins de 6 mois
Infusions de fleurs de sureau et de camomille allemande pour bébé au compte-gouttes, à la cuillère ou au verre, tout au long de la journéeUn an et plus
Tout ce qu’on fait à moins d’un an
Teinture de fleurs de sureau dans un fond d’eau, 5 à 10 gouttes, plusieurs fois par jour, pour bébéPlus l’enfant grandit, plus on augmente la dose de teinture de fleurs de sureau. Pour les grands enfants et les adultes, on parle de 2 à 4 pipettes 3 fois par jour ou mieux, à chaque heure.
*** Dans tous les cas, peu importe l’âge, ça fait une grosse différence de prendre des plantes plusieurs fois par jour pendant quelques jours plutôt que d’en prendre seulement une fois et de conclure qu’elles ne sont pas efficaces. ***
Simple de même! Ce n’est pas parce que je ne connais pas d’autres plantes que je jure quasiment juste par la fleur de sureau pour la fièvre des enfants. C’est parce que la fleur de sureau, c’est juste magique! Ça aide la fièvre, ça arrête les petits nez de couler, ça garde les sinus ouverts et ça a des propriétés antivirales.
Non, la baie de sureau n’a pas les mêmes effets. C’est toujours comme ça en herboristerie, les différentes parties d’une plante n’ont pratiquement jamais les mêmes effets. Je ne sais pas pourquoi la baie de sureau est aujourd’hui plus populaire que la fleur de sureau. J’ai soigné pratiquement tous les rhumes et fièvre éruptives infantiles de mes enfants avec des fleurs de sureau. J’ai essayé le sirop de baies et ça n’a pas du tout le même effet visible à court terme.
La fleur de sureau séchée ainsi que la teinture de fleur de sureau (macération dans l’alcool) sont faciles à trouver dans les magasins d’aliments naturels. Vous voulez l’espèce Sambucus nigra ou Sambucus canadensis. Vous pouvez aussi faire vos propres récoltes de fleurs sureau, pour les faire sécher ou macérer dans l’alcool. Assurez-vous simplement d’avoir bien identifié l’espèce de sureau que vous récoltez. Au Québec, on trouve S. canadensis à l’état sauvage, mais aussi d’autres espèces de sureau, qui ne sont pas celles qu’on veut. Vous pouvez aussi planter du sureau sur votre terrain. S. canadensis est facile à trouver en pépinière et devient un arbuste de taille respectable en quelques années seulement.
La fleur de camomille allemande séchée aussi, c’est facile à trouver en magasin. Après, il y a toutes sortes de qualité et la qualité, ça compte pour l’efficacité. Les grands producteurs sont à l’étranger et n’offrent pas toujours des conditions de rêve à leurs employés (c’est long, récolter des kilos de cette très petite fleur). Pour la meilleure qualité possible, achetez à des petit.e.s producteurs.trices du Québec. Matricaria chamomilla (parfois appelée M. recutita) ne pousse pas à l’état sauvage au Québec, mais c’est une plante facile à cultiver.
Préparer une infusion de fleurs de sureau ou de camomille
Pour préparer une infusion à boire, faites-vous confiance, allez-y au goût. Rien ne va exploser. Le pire qui puisse arriver, c’est que ça goûte trop ou pas assez. Il faut alors en mettre moins, ou plus, ou laisser infuser moins ou plus longtemps. Infusez à couvert et ne faites pas mijoter vos délicates fleurs. Vous pouvez préparer une infusion le matin et l’utiliser toute la journée, sans la réfrigérer.
Préparer un bain de camomille allemande
Le bain de camomille, c’est une chose merveilleuse. Non seulement ça les aide avec la fièvre, mais ça les aide à être moins irritables et à mieux dormir. On fait bouillir 4 à 8 litres d’eau dans une casserole. Quand ça bout, on ferme le rond et on ajoute une bonne poignée de fleurs de camomille. On couvre et on laisse infuser au moins 20 minutes. On filtre en versant dans le bain et on ajuste la température de l’eau du bain en conséquence. Mes enfants m’en réclament encore des fois, des bains de camomille.
Bien sûr, il y a 1001 autres remèdes de grand-mère en cas de fièvre et il y a des situations où repos, hydratation, surveillance étroite, sureau et camomille ne suffisent pas. Mais ce sont eux les personnages principaux de l’histoire de la fièvre, des enfants et moi. Et j’espère vous les avoir présentés d’une manière qui vous donne envie de les rencontrer, si vous ne les connaissiez pas déjà.
En résumé
La fièvre est utile.
La fièvre est une défense immunitaire particulièrement importante pour les touts-petits, dont l’immunité acquise et spécifique est encore peu développée.
Les médicaments antipyrétiques ne soignent pas les maladies. Ils ne font que casser la fièvre et certains ont aussi un effet sur l’inflammation et la douleur.
Quand on donne des médicaments antipyrétiques à nos enfants, sur le coup ils peuvent avoir l’air plus confortables. Par le fait même, ça augmente notre niveau de confort à nous aussi. Mais sur un horizon de quelques jours, est-ce que ça aide vraiment? Est-ce que ça fait vraiment en sorte qu’ils se remettent plus vite ou au contraire, est-ce que ça ne risque pas de prolonger voire d’aggraver la situation?
Je sais que ce n’est pas cool quand nos enfants font de la fièvre. Je sais que ça peut chambouler le quotidien (garderie, activités prévues, sommeil, etc.). Je sais que les délires fébriles peuvent être impressionnants.
Mais je voulais juste que vous sachiez aussi que la fièvre, ce n’est pas un problème, comme peuvent l’être la prolifération de virus et bactéries dans la gorge, le nez, les oreilles ou les poumons. Et qu’en combattant la fièvre, on n’aide pas le corps à empêcher ça, au contraire.
Je voulais aussi témoigner que, comme maman-herboriste, ce n’est pas juste les plantes qui m’ont aidé à traverser les fièvres infantiles. C’est ma compréhension de l’importance de la fièvre. Et c’est surtout d’avoir su à temps que de surveiller mon enfant plutôt que de surveiller sa fièvre, c’était la meilleure chose à faire.
Je ne vous dis pas de ne jamais donner d’antipyrétiques à vos enfants. C’est vous le boss. You do you. Comme je vous disais au début, votre confiance, c’est probablement votre plus grande alliée dans cette aventure épique de la parentalité. Je me disais juste qu’un article comme ça pourrait aider à faire grandir votre confiance, ne serait-ce qu’un petit peu. Une fièvre à la fois. C’est parfait. On lâche pas 🙂


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